Modnekeit #2

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D’une fleur ô failli arrachée, naquit la mort des pétales de cerisier

– Vos ressentiments ne valent pas des millions ! Rappelez le client et excusez-vous.
– Mes ressentiments ?
– Ce que tente de vous expliquer maladroitement Me Zucker, c’est que monsieur Hall mérite une attention particulière et il ne faut pas vous formaliser pour si peu.
– Me Zucker, Me Khan, dites-moi on the record quelle attention “particulière” son avocate (au passage, titulaire d’un LLM dans le droit des affaires et d’un MBA) devrait-elle lui donner en plus que des conseils qui lui permettent d’accroître sa fortune ? Pour ce qui est du “si peu” auquel je ne dois pas me formaliser, il pourrait s’estimer heureux si je ne le poursuis pas ! Tandis que vous…
– Attention ! prévint Khan. Ne nous menaçait pas mademoiselle Koenig.
– Oui et cessez de jouer à la jeune fille effarouchée pour quelques avances ! soupira Zucker.
-De 1) c’est Me Koenig ! De 2) si un homme frottait son pénis sur votre arrière-train, vous retenant les mains et, alors que vous vous débattiez, vous chuchotait que si sa fille de quatre ans n’était pas dans la pièce d’à côté il ne pourrait se retenir de vous – je cite – “mettre sa bite dans ton [votre] cul de salope”, vous appelleriez ça encore des avances ? C’est une tentative de viol ! Qui a menacé qui ? Qui est la victime ?

Un silence, davantage gêné que compatissant, s’installa entre les avocats. La jeune femme tapa de ses ongles parfaitement manucurés, ses ongles qu’elle s’était enfoncée dans la peau pour ne pas les ronger, afin de pleurer d’autres larmes que celles de l’effroi tandis que la pièce se vide, les regards remplissent la pénombre et le silence – un autre silence – se fait tantôt prédateur, tantôt complice. Il fallait être forte, aussi elle se griffa la paume.

Khan se racla la gorge, et d’un toussement conclut:
– En tant qu’avocat et ami de Monsieur Hall, je puis démontrer qu’il est un homme respectable et je suis sûr qu’il a …
– Attendez… Après minimiser, vous allez l’excuser ? Allez tous en enfer !

Il y eût comme une distorsion.

Sur les prunelles de Sakura Koenig, les corps de ses employeurs se fragmentèrent, ainsi que la table, les chaises, les tasses de café ici disposées, la fumée qui s’y évaporait, les photographies bichromiques de natures mortes accrochées à ces murs ternes. Des pans entiers du décor s’en détachèrent, s’éparpillant comme une traînée de poudres à laquelle se mêlait cette noirceur cendrée qui s’insinuait dans les craquelures de l’espace-temps.

– Sakura, ce n’est pas un rêve… Accepte cette réalité ou bien leur enfer sera aussi le tien.

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