Panne d’inspiration

 

cscribouille

J’ai une théorie : l’inspiration est à l’écrivain ce que la superstition est au croyant.

Sauf que là ça fait deux semaines que je contemple cette barre verticale clignoter, m’inviter à écrire la suite de cet article.

Bien sûr, il m’arrive de manquer de concentration. Il m’arrive aussi de buter sur un mot, une phrase, un paragraphe, voire même sur un arc narratif au complet. Il m’arrive également de remettre la chose à plus tard, au lendemain, à jamais…

Mais une panne d’inspiration ? Non…

Comme tout auteur, je ne suis contraint que par moi-même. La distraction est une respiration nécessaire  entre inspiration et expiration qu’il faut apprendre à réguler. La confrontation avec la difficulté est relative à celle qu’il me plaît d’échafauder. Comme il me faut parfois admettre que je n’ai plus envie ou que je suis pas prêt.

Si j’en suis conscient, pourquoi je parviens pas à écrire ce foutu article ? Tout simplement car je ne peux pas l’écrire. Non que je ne veux pas tourner une page grâce à lui, mais parce je suis encore sur celle-ci. Plus exactement, je l’ai écornée et je continue ma lecture tout en étant obsédé par ce petit repère.

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Uniligual illiteracy

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I have a theory: at globalization era, to be unilingual is a kind of illiteracy.

But this unilingual illiteracy is unfair, depending of dominent and dominated languages. The main languages of globalization are those that are coextensive to a powerful state. The hegemonic position of English speaker countries – i.e. United States, United Kingdoms, New Zealand, Canada and Austrilia – create linguistic acculturation, even for prosperius culture areas as French, German, or Japanese ones.

I suppose that everything I wrote now you knew it, and I am pretty sure that you are concerned as well as you are naturally fascinated by or you are raised into the anglo-american culture. If I expose you the obviousness, that’s because many people – and you are very not many people on this blog – conceive acculturation as the consequence of culture, and forget economic or sociological aspects (a gentle  reminder: I’m a scribbler and – also – a failed intellectual).

To have dream about an academic career before reality wakes me up, the”publish or perish” thing is a constraint for the non-English speaker who must to improve his/her linguistic skills to compete with natural speakers. This obligation to bridge a gap between a local language and the globalized language is a big challenge that imply a linguistic acculturation to obtain cultural references and, worst, to re-create a certain level of subtlety.

Nonetheless, I’m very not agreed with people who criticizes “Globish” as a wilting of English or a process to uniformize local languages. We are not in the same era that Latin, and people keep their language, learn it and revitalized it easily because its knowledge is easier to maintain and to diffuse. Plus, every language are hybridized, even English. If the “Globish” distorts English, English speakers have not waiting to do that. Perhaps in a century – more or less, I dont’ know – Globish will be a different language than English like English is from German. There is not levelling down, but a re-creation that takes time.

Thus, I am more and more convinced that global creativity and the global knowledge need that people express themselves in English. This blog is a good example of relative anonymity on the web: connected with the world, but disconnected for the most part of it, and anonymous for the other one. For a long time, I have not write in English because my skills are not the same than my mother tongue, and I’m not by able to reproduce the subtlety of the primary language. Now, I’m more confident about my skills and, above all, I’ve learn that is vain sometimes to try to translate in English, but more efficient to innovate in “Globish”. Probably, I will never be able to write with the same language level as French, but I make some experiments.

Moreover, I’m pretty sure that English introducing in my writing improves my French. Not with the way you think it does, but in the exact same way when I plug some words in Hebrew to play with level of reading or use German syntax to disconstruct sentences and work on harmony : I explore my inner borders.

Modnekeit #3

399H
Crédit photo : Ryan McGuire.

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Les bras ballants, les yeux vitreux,  le nez pointant sur ses pieds, seule une grimace en forme de dégoût aux commissures des lèvres épargnait à cet inconnu l’air d’être totalement idiot.

– Qui est cette personne au juste ? eus-je fait l’erreur de demander.
– “Personne” serait un peu exagéré le concernant, corrigea Modnekeit…
– Cette “entité”, alors ?
– Là encore, je crains que ce ne soit pas le mot approprié…
– Qu’est-ce qui le serait ? soupirai-je.
– Je ne pense pas que ton vocabulaire comporte le mot adéquat.
– On peut pas l’appeler “bidule”, tout de même ? maugréai-je.
Modnekeit hésita un instant. Il avait cette tentation à la trivialité, mais ne parvenait pas à s’y plier.
– Non, certes… Bien qu’il n’en demeure pas moins un outil.
– Mais un outil pour qui ?
– Là encore, “qui” suggère…
– Donc “quoi” ? interrompis-je Modnekeit, lassé de ces débats sémantiques.
– “Quoi”, c’est encore un peu…
– Alors quoi ? haussai-je la voix.
– “Quoi”, disais-je…
– Qu’est-ce que c’est ?! finis-je par crier, excédé.

L’intéressé leva le doigt, non vraiment comme le premier de la classe qui détient la réponse, mais plutôt comme une cancre qui cherche à faire converger les regards vers lui en démontrant qu’il peut se prêter au jeu.
– Si je puis me permettre…
– Permettez-vous, l’autorisa Modnekeit.
– Vous vous questionnez sur ma nature, mais je constate que la vôtre est plutôt étrange.
Finalement, je me dis que l’inconnu n’était pas si demeuré qu’il en avait l’air, et ce bien que les altérations de mon ombre oscillèrent pour démentir mon constat, aussi certainement qu’un son en vrombit pour affirmer :
– Il n’y a rien de “naturel” en nous !
– Vous êtes bien chipoteur, releva l’inconnu.
– Merci ! lâchai-je.
– On se moque de votre avis ! Vous n’êtes que le résultat imparfait d’une expérience !
– Ton expérience ? demandai-je à Modnekeit, mais celui-ci ne daigna pas me répondre.
– Certes, acquiesça l’inconnu. Mais si je puis me permettre, un humain est le résultat imparfait d’une expérience que peut-être l’amour.
Finalement, Modnekeit céda à la trivialité :
– Tu n’existes pas crétin, sauf pour m’indiquer où je dois aller ! Alors, l’amour, il passe son chemin….

Le dernier Juif de gauche

cscribouille

J’ai une théorie : le Juif de gauche sera bientôt un mythe avec lequel on effraiera les enfants pas sages.

Finis ton Gefilte fish, sinon je te laisse chez le Juif de gauche ! Fais gaffe à toi parce qu’il parle tout le temps de trucs chiants, et tu as le malheur … le malheur … de te lui répondre comme ça, par politesse, il te demandera  : “veux-tu que je te parle de ma thèse en sociologie ?”
Bam ! Après ça, tu ne finiras jamais médecin ou avocat ! Tu auras gâché ta vie ! Il te restera plus qu’être premier ministre ou rabbin !

Horreur et damnation ! Et alors que les gamins tremblent à l’idée de croiser cette bizarrerie disgracieuse, aux cheveux en bataille, mal rasé, une clope au bec, les yeux cernés, le regard idiot et la veste en tweed rapiécé, je me dis que le Juif de gauche est une espèce en voie de disparition à laquelle j’appartiens.

Ce n’est pas tant que nous ne nous sommes pas adapter à cette époque, nous étions même en avance sur notre temps (puisque, apparemment, on ressemblait aux hipsters avant même qu’ils reviennent mainstream). Non, c’est le judaïsme qui tolère de moins en moins la dualité de notre identité. Entre les institutions religieuses qui sombrent dans le fondamentalisme, la sionisme jabotinskien qui cannibalise Israël et met à l’index le début d’une réflexion vaguement inspirée de Herzl ou du Bund, c’est dur d’être progressiste quand la société dans laquelle on évolue se compromet dans un conservatisme agressif.

S’il nous reste quelques spécimens de taille comme Bernie Sanders,  nous sommes peu à peu au judaïsme ce que la baleine est à la protection de la faune marine. S’il est temps de crier : c’est assez !, je crains que les rares lecteurs de cette chronique qui réagisse au mot « sionisme » n’ait même plus l’humour suffisant pour comprendre le jeu de mots.

Et pour celles et ceux qui seraient intéressés, je prépare un article un peu plus « élevé » sur la droitisation des milieux intellectuels juifs en France.

Boring job

cscribouille

J’ai une théorie : une part substantielle ce que l’humanité a pu créer jusqu’à ce jour n’a été motivée que par l’ennui.

Ce blog en est d’ailleurs l’immédiate conséquence, puisque je suis un scribouillard nocturne et j’aurai mieux à faire si j’étais devenu un intellectuel de profession. Les matières spirituelles étant absentes de ma routine, il me faut donc m’en nourrir entre l’accomplissement de deux tâches chiantes comme la pluie.

Enfin, je dis ça… Peut-être, mon emploi est pour quelqu’un d’autre – dénommons celui Mr. Bidule – autre chose qu’un boring job. Peut-être, est-il une «étape» primordiale sur son plan de carrière ? Peut-être, Mr. Bidule a-t-il fait des études poussées pour en arriver jusqu’à là ? Peut-être, occupe-t-il son temps entre deux versions du même formulaire X à contribuer à l’essor de l’entreprise ? Va savoir, je ne suis pas Mr. Bidule…

Personnellement, j’enverrai au goulag tous ceux qui prennent leur pied aux fêtes d’entreprises, qui diffusent les morceaux de sagesse LinkedIn comme “awareness definies a leader”, qui se font la gueule comme cul pour que leur petite raie s’accordent à leur cravate, qui monétisent leur usurpation intellectuelle et rêvent de passer à Shark tank.

Mais pour leur moment, leur paradis est mon enfer concentrationnaire.

Astrocat #1


Décision 539106-CAMh :

Le Comité aux Affaires Métahumaines a été saisi du dossier D126145-1 dit «Pour un fonds Astrocat» (DnOff) par ses représentants légaux : le Dr. Ephraïm Geisberg et madame Rachel Bukharian.

Considérant l’article 1, alinéa 3, de Loi 146102 dite «Loi d’éthique métahumaine» (DOff), lequel dispose :

Les intelligences artificielles sont des personnes métahumaines.

Considérant le préambule de Loi 538106 dite «Loi mémorielle» (DOff), lequel dispose :

Les intelligences artificielles participent à la mémoire de l’humanité.

Considérant l’article 5 de Loi 538106 dite «Loi mémorielle» (DOff), lequel dispose :

Toute personne qui contribue à l’histoire de l’humanité peut se prévaloir de constituer un fonds afin qu’il soit transmis aux générations futures par le biais de la technologie ARCH.

Considérant l’article 14, alinéa 9, du décret d’application DL538106, lequel dispose :

Les conditions d’appréciation quant à la constitution d’un fonds pour une personne métahumaine dépendra des critères énoncés par le Comité aux Affaires Métahumaines .

Considérant l’article 121 du règlement RI102-135Cons-CAMh, lequel dispose :

Pour se prévaloir du fonds relatif à la Loi 538106 dite «Loi mémorielle» (DOff), une personne métahumaine – par son intermédiaire, celui de ses représentants légaux ou par décision extraordinaire du Comité aux Affaires Métahumaines – doit pouvoir démontrer de sa contribution exceptionnelle à l’histoire de l’humanité.

Cette contribution doit être présentée au Comité aux Affaires Métahumaines lors de la deuxième semaine du sixième mois de chaque année.

Elle doit réunir les documents suivants :

  • Un mémoire, comportant des éléments biographiques et comportant une présentation relative à l’originalité et à l’historicité des faits contributifs à la mémoire de l’humanité.
  • Un rapport d’expertise par un métaphysicien accrédité par le Comité aux Affaires Métahumaines.
  • Un rapport d’expertise par un historien accrédité par l’Institut des sciences humaines.
  • Trois lettres de recommandation, adressées séparément à l’adresse du Comité aux Affaires Métahumaines.

Le Comité aux Affaires Métahumaines DÉCIDE :

Article 1

Convaincu par les éléments qui lui ont été présentés dans le cadre de l’article 121 du règlement RI102-135Cons-CAMh, le Comité aux Affaires Métahumaines tient à souligner la contribution exceptionnelle de l’intelligence artificielle répondant au nom d’«Astrocat» à l’aventure humaine. Dès lors, il est décidé que soit créé sans préavis un «fonds Astrocat» par le biais de la technologie ARCH.

 

Modnekeit #2

mod2

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– Maestro ! Musique…

Dé-coup-er, les jambes et les bras
Con-cas-ser, le crâne et les os
La-cé-rer, les yeux et la peau
On mas-sacr-e toujours avec joie

Modnekeit chantait à tue-tête, sautant à cloche-pieds et balançant depuis mon ombres ses bras au milieu des silhouettes qui jonchaient le sol.

Transpercées, démembrées, morcelées façon “puzzle” ou réduites en cendres, je ne parvenais pas à m’émouvoir pour les victimes. Peut-être parce que je suis mort moi-même ? Peut-être parce que les soldats me sont toujours apparus comme de funestes pantins dont la vie s’anime ou le trépas se perd dans les fils d’un décor plus macabre que le mien ?

En parlant de décor, celui-ci me faisait  penser à un marais où l’hémoglobine appartenait tant et si bien à l’écosystème qu’elle imprégnait la terre jusqu’à lui donner une couleur légèrement pourpre. Si l’odeur ferreuse du sang s’échappait à chacun de nos pas, celle laissée par les machines de guerre plombait d’un relent âcre l’atmosphère devenue  irrespirable.

– Nous y voici  ! s’exclama Modnekeit devant un monstre d’acier.

Si le char était tout ce qu’il y a de plus fonctionnel, la peinture griffée par des balles, carbonisée par un début d’incendie, en disait long sur l’intensité des combats. Sur son flanc droit, juste au-dessus de la chenille, dégoulinait ce qui ressemblait à un humain ; le visage en moins.

– Et nous voici où exactement ? questionnai-je.
– Là où ta vengeance débute et où ma quête commence.
– Et lui ?
– Lui… Disons que notre ami à la gueule arrachée est une expérience qui s’est mal déroulée. Pas besoin de t’en parler maintenant, c’est mon destin de devoir éternellement me justifier pour cette petite erreur d’appréciation.
– «Erreur d’appréciation» ?
– Oui… La sagesse veut que l’on apprenne de ses erreurs.

Modnekeit désigna une ondulation dans la fumée. Quelqu’un, quelque chose, se frayait un chemin parmi les émanations de la guerre.

– Et justement, reprit-il, en voici une parfaite occasion.